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Colville in situ

Je pense d’une certaine manière que ce que je montre, ce sont des moments où tout semble parfait et où quelque chose est révélé.
— Alex Colville

Alex Colville a créé des images qui sont enracinées dans des détails spatio-temporels. Il a puisé dans le monde qui l’entourait, que ce soit le paysage rural de la région atlantique du Canada ou des scènes de Californie et d’Allemagne où Colville a fait de longs séjours.

Colville a vécu à Sackville, au Nouveau-Brunswick, à partir du moment où il a entrepris ses études en Beaux-Arts à l’Université Mount Allison en 1938, jusqu’à ce qu’il déménage à Wolfville, en Nouvelle-Écosse, en 1973. Colville in situ est une série en trois parties qui associe trois œuvres de l’artiste illustrant des sites reconnaissables de Sackville à des photographies actuelles de ces sites. En voyant les œuvres in situ, on saisit mieux le processus d’organisation de la réalité chez Colville et sa manière de construire ses compositions par l’observation et l’imagination. Ces moments nous invitent à regarder et à revoir l’œuvre de Colville ici et maintenant.

Des nuages de vapeur s’élèvent en tourbillon d’un train à l’arrêt, enveloppant les gens sur la plateforme de la gare. Quelques figures font face au train, d’autres s’étreignent, d’autres encore portent des valises. Le dessin est marqué d’une grille numérotée le long du bord supérieur. Une vaste surface de chaussée craquelée couvre la partie inférieure de cette photographie. En haut de l’image, on voit en partie la gare VIA Sackville. Bien en évidence, des supports en bois peint blanc soutiennent l’avant-toit de l’édifice. Du côté gauche se trouvent le quai et la voie ferrée.

Alex Colville
Sans titre (gare de Sackville, esquisse d’une œuvre murale étudiante), v. 1941-1942
technique mixte sur papier texturé gris
26 x 48,3 cm
Collection de la Galerie d’art Owens, Université Mount Allison
Don de l’artiste
© A.C. Fine Art Inc.

La scène est remplie d’une clientèle affairée de tous âges, certains partant, d’autres arrivant. Cette esquisse que Colville a achevée quand il était étudiant en Beaux-Arts à l’Université Mount Allison, est tout ce qui reste de l’œuvre murale qu’il avait conçue pour la gare de Sackville.

Effectué durant les premières années de la Seconde Guerre mondiale, le dessin montre des soldats et des êtres chers se préparant à faire leurs adieux avec, en arrière-plan, la gare elle-même à droite et le train dissimulé par un nuage de vapeur à gauche. Autrefois un centre d’interactions et de voyages, la gare de Sackville est aujourd’hui vide. Même si des trains s’y arrêtent à l’occasion, l’édifice comme tel ne sert plus. Le dessin de Colville nous transporte à un autre moment, nous reliant au passé et nous rappelant des lieux que nous tenons souvent pour acquis, aussi bien à Sackville que lors de nos voyages ailleurs.

Dans cette image carrée, de l’autre côté d’une rue vide, se trouve un grand édifice au revêtement vert et aux détails de couleur bourgogne. Quatre devantures de magasins occupent le rez-de-chaussée, alors que le deuxième étage est traversé par une rangée de fenêtres rectangulaires. La partie centrale de l’édifice s’élève jusqu’à un troisième étage surmonté d’un toit pointu et d’une fenêtre en demi-lune. Un VUS rouge est garé près de l’extrême gauche de l’édifice. Encore plus à gauche s’élève un arbre, au-delà duquel on peut voir le côté d’un édifice à proximité. À l’avant-plan se trouvent un banc et une plaque de nom de rue se lisant « Willow Lane ». À l’avant-plan, un camion de lait tourne un coin de rue. Le ciel matinal est d’un bleu clair et la rue est déserte. On aperçoit le conducteur à travers la fenêtre arrière, et un garçon se tient sur le marchepied du véhicule, se balançant d’un bras par la fenêtre ouverte du côté passager, tout en tenant une bouteille de lait dans sa main libre. À l’arrière du camion, qui est rempli de caisses de lait, est assis un chien noir qui nous regarde directement. Les bâtiments, incluant des devantures de magasins, bordent l’autre côté de la rue.

Alex Colville
Camion de lait, 1959
huile et résine synthétique sur carton
65,4 x 65,4 cm
Don de ICI Canada Inc.
McMichael Canadian Art Collection, 1995.19.12
© A.C. Fine Art Inc.

À l’avant-plan de ce tableau, un camion de lait tourne un coin de rue. C’est tôt le matin et la rue est déserte. On aperçoit le chauffeur à travers la fenêtre arrière, et un garçon se tient sur le marchepied du véhicule, se balançant d’un bras par la fenêtre ouverte du côté passager, tout en tenant une bouteille de lait dans sa main libre, prêt à sauter à tout moment pour en faire la livraison. À l’arrière du camion, qui est rempli de caisses de lait, est assis un chien noir qui nous regarde directement.

Colville a déjà dit que ses tableaux sont « une sorte de conglomération d’expérience et d’observation ». Dans cette œuvre, l’intersection des rues Bridge et Main est rendue avec précision. De nouveaux commerces ont remplacé les anciens, mais certains détails architecturaux demeurent, comme cette façade reconnaissable par sa fenêtre en demi-lune. Plus bas dans la rue, le bureau de poste occupe maintenant l’endroit où étaient les trois édifices plus petits. Vous tenant à ce coin de rue en attendant que le feu passe au vert, qu’est-ce qui attire votre attention ?

Un homme d’un certain âge aux cheveux grisonnants et portant des vêtements gris et amples avance dans notre direction sur le trottoir, entre la route pavée et une clôture décorative en pierre et fer forgé. De l’autre côté s’élèvent de grands arbres dénudés, et l’herbe est sèche et jaune. Un bout de vieux trottoir disparaît du côté gauche de cette photographie. À droite, une bande de gazon en pente mène à une clôture en pierre et en fer forgé très ornée. Au sommet de ce talus, juste devant la clôture, s’élèvent trois grands arbres. Couverts de feuilles, ils remplissent la partie centrale de l’image. Au-delà des arbres et de la clôture, on voit le haut d’une tente et la façade en pierre de Cranewood. À l’avant-plan, à droite complètement, on aperçoit le rebord d’une benne brune et trois haubans couverts d’une protection en plastique jaune vif.

Alex Colville
M. Wood en avril, 1960
huile et résine synthétique
60,9 x 91,4 cm
Collection particulière
© A.C. Fine Art Inc.

Cheveux grisonnants et portant des vêtements gris et amples, un homme d’un certain âge avance sur le trottoir, entre une route pavée et une clôture décorative en pierre et fer forgé. De l’autre côté s’élèvent de grands arbres dénudés, et l’herbe a encore cette couleur jaune qui résulte du froid hivernal. Cet homme est M. Wood, dont la résidence familiale, Cranewood, est tout juste de l’autre côté de la clôture.

La photographie de cet endroit prise en 2022, avec ses arbres feuillus au moment où le printemps cède lumineusement sa place à l’été, contraste vivement avec le tableau de Colville. Pourtant, ces deux images peuvent nous rappeler une expérience commune : celle d’avancer sur cette route et de constater le passage des saisons. En nous menant à cet endroit, où l’architecture majestueuse de Cranewood est tout juste hors de portée, M. Wood en avril nous offre un moment paisible pour réfléchir à nos modes de déplacement dans le monde et à nos manières d’observer le passage du temps.

Colville in situ a été rendu possible grâce au soutien du ministère du Patrimoine canadien (Jeunesse Canada au travail dans les établissements du patrimoine) et grâce au généreux appui philanthropique des anciens étudiants de l’Université Mount Allison, Heather et Ian Bourne